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lundi 18 octobre 2021

Pourquoi et comment se préserver de FaceBook et le neutraliser, voire l'affaiblir ...

Il y a déjà quelques années, puisque c'était en 2016, Richard Stallman, qu'on ne présente plus, publiait sur son blog personnel une remarquable série de conseils à l'attention des personnes et des organisations s'affichant sur Facebook ou envisageant de le faire. J'ai ressenti le besoin d'y revenir tant l’acuité du sujet reste vive, voire s'est depuis gravement accentuée, la Toile et le microcosme politico-médiatique étant de plus en plus souvent - toujours très passagèrement - agités par les scandales provoqués par les atteintes à répétition à la vie et aux données privées des personnes. Le sujet est certes devenu banal, les journalistes appellent ça "un marronnier", mais tel le vaccin anti-COVID, il a besoin d'un rappel tous les six mois ...

La "collecte", on devrait dire le vol, d'informations à caractère personnel par les sites Web intrusifs s'alimente principalement à deux sources : 

i) les informations que nous fournissons nous-mêmes, plus ou moins consciemment et explicitement, et

ii) les traces que nous laissons en "naviguant"

Explications ...

1 - Pour commencer, les sites intrusifs nous incitent, voire nous obligent (pour nous laisser y accéder) à leur délivrer directement, ou indirectement, des données à caractère personnel :

Les méthodes et les dispositifs plus ou moins insidieux qu'ils utilisent pour arriver à leurs fins ne sont pas l'objet de cet article. L'important est que dans la plupart des cas l'internaute ordinaire n'a même pas conscience d'être manipulé et vampirisé.

Par exemple la plupart des gens qui déposent leurs photos personnelles sur Facebook ou consorts : Google Photos, Microsoft OneDrive ..., ignorent le plus souvent qu'elles sont instantanément et systématiquement analysées par ces sites et n'ont strictement aucune idée des performances des systèmes de traitement d'images, d’en-fichage et d'analyse des données mis en œuvre à leur insu : outre la date et l'heure de chaque prise de vue, généralement contenues en clair dans les données associés aux photos numériques, les lieux sont reconnus, ainsi que la plupart des personnes présentes sur la photo

Google arrive ainsi très souvent à déterminer qui était avec qui, où, et quand.

"Parano", vous avez dit "parano" ? Comme c'est "parano" ...

Je vais vous raconter une petite histoire qui m'est arrivée il y a quelques années et qui me fait encore froid dans le dos quand j'y pense ...

Je m'étais lancé à cette époque dans la numérisation de mes anciens négatifs noir & blanc pris dans les années 70. Pour beaucoup, je me souvenais à peu près de la date de la prise de vue, mais pas toujours de l'emplacement exact. C'était le cas par exemple d'un curieux Christ en croix, dans un cimetière ruiné quelque part, semblait-il me souvenir, entre le Cantal et l'Aveyron ...


A la suite d'une maladresse, donc involontairement, cette image s'est retrouvée brièvement dans "mon espace" Google Photo. Je ne l'utilise jamais outre mesure, mais les choses - vos photos - semblent pouvoir y tomber toutes seules et assez facilement si vous n'y prenez pas garde ...

Et là quelle ne fut pas l'indescriptible stupéfaction qui, littéralement, me figea quelques minutes sur mon clavier ??
 
Alors que mises à part celles inhérentes à leur numérisation aucune autre information n'accompagnait mes images, Google avait pourtant réussi, 45 ans après, à localiser très précisément ma prise de vue : Liaucous, en Aveyron !! .
 
J'ai eu, je dois l'avouer, un certain mal à retrouver Liaucous sur la carte, mais au prix de plusieurs recoupements, puis de la consultation des amis de voyage, heureusement encore en vie, qui ce jour-là m'accompagnaient, j'ai dû me rendre à l'évidence : la localisation fournie était parfaitement exacte, n'en déplaise à ma mémoire défaillante.
 
La "voiture Google" n'était pourtant certainement jamais passée dans ce cimetière oublié de tous. Alors ... comment ?
 
La seule explication que j'ai trouvée, c'est que Google avait pu rapprocher ma photo d'une ou plusieurs autres, déjà enregistrées dans sa base, mais elles parfaitement géolocalisées. Après tout, il n'y a guère d'endroits dans un pays comme la France, aussi "perdus" soient-ils, qu'on aient été les seuls à photographier. J'ai donc lancé une recherche manuelle - toujours "dans Google" (outil Google Lens) - de correspondance visuelle sur la base de ma photo, pour tenter de trouver sur la Toile d'autres images comparables.
 
J'ai alors bien "remonté" une foultitude de photos de vieilles croix et de calvaires, certaines ressemblant un peu à la mienne, mais aucune manifestement n'était localisée dans le même cimetière.
 
Si cette explication, qui reste une hypothèse, est la bonne, c'est donc bien que Google a utilisé des informations privées et non publiées par leur propriétaire, pour me localiser, moi, un demi-siècle après les faits.
 
Personne n'apparait sur ma photo, mais il y a de fortes chances que si les amis m'accompagnant ce jour-là y avaient figuré, ils auraient été identifiés et eux aussi localisés ... à leur insu autant qu'à la mienne ....

Moralité : un demi-siècle plus tard, Google, et les autres, peuvent savoir où vous étiez, et avec qui, même si vous vous l'avez oublié ...

 2 - Les sites exploitent aussi nos traces de navigation :

Dans le cas d'une navigation intra-site, le site enregistre bien évidement tous nos mouvements, c.à.d. quelles pages nous consultons.

Quand c'est Amazon ou la FNAC, c'est plutôt anodin, sauf si on recherche des explosifs, des vidéos de Daesh, ou des livres sur la fabrication de bombes bactériologiques. Ça leur sert parait-il "à améliorer notre expérience" du site, par exemple en sélectionnant les produits qu'ils nous présentent en tête de gondole afin de provoquer des actes d'achat compulsif, ce qui n'est pas très méchant.

Mais quand c'est Facebook, ou Twitter, notre navigation en dit immédiatement énormément sur nos orientations politiques, sexuelles, religieuses, sur ce que nous mangeons, où nous allons, mais surtout qui nous fréquentons.

À tel point que ce que nous racontons explicitement sur les "réseaux sociaux" en devient presque accessoire : leur miel, et celui des officines plus ou moins étatiques qu'ils camouflent, c'est le réseau de nos relations sociales ...

Dans le cas d'une navigation inter-sites, les choses sont un peu moins faciles, et c'est à ça que servent par exemple les "cookies" : en principe quand un site dépose des cookies, c'est pour son usage propre, le temps de la session, mais par défaut les cookies ne sont pas effacés quand on quitte le site (pour optimiser une visite ultérieure). Et la plupart des sites commerciaux, sinon explicitement malveillants, fouinent consciencieusement dans tous ces cookies qui trainent dans nos PC pour "documenter" (au sens des "services" : DGSE, NSA, etc.) votre "profil" ...

Mais le plus intéressant dans les conseils de Richard Stallman, c'est qu'il distingue bien ceux qu'il adresse aux individus (vous, moi ..) et ceux à destination des organisations (associations, entreprises ..).


Les conseils les plus immédiats de Richard Stallman

Pour les personnes :

  • Autant que faire se peut, éviter d'avoir et *surtout d'alimenter* des comptes sur les "réseaux sociaux" commerciaux (Facebook, Twitter, YouTube, Instagram, Snapshat, TikTok ...) et de naviguer sur ces sites. Il existe de nombreuses d'alternatives en "open sources" de ces pompes à m... et vous y trouverez tout autant de plaisir et d'intérêt que chez leurs indiscrets homologues commerciaux. Je vous recommande surtout Mastodon en alternative de Twitter, voire de Facebook, Telegram à la place d'Instagram, etc. Cherchez un peu, vous trouverez !
Et si VRAIMENT on ne peut pas faire autrement, alors :
  • Se connecter de préférence à partir d'un ordinateur au bureau, plutôt que de son ordinateur ou téléphone personnel.
  • Utiliser un navigateur indépendant (Firefox), et a contrario éviter soigneusement Edge, Chrome, Safari .., et surtout ces applications natives pré-installées sur les PC ou les téléphones quand vous les achetez, car elles vont fouiller dans l'appareil : agenda, carnet d'adresses, voire photos ..
  • Penser à paramétrer son navigateur pour qu'il purge automatiquement tous les cookies à sa fermeture (paramètres de confidentialité), et le fermer/réouvrir systématiquement après une session Facebook ou Twitter ...
  • Éviter comme la peste les tentations d'interactions "positives" avec les sites commerciaux (genre boutons "I like" et autres petits pouces vers le haut ...)
  • De façon générale, bidonner aux maximum les informations données au site (en évitant de faire de l'humour : plus ça parait sérieux et mieux c'est ...).
  • Disposer d'un ou deux comptes @mail "fantômes" qu'on n'utilise jamais pour son courrier électronique personnel mais qu'on pourra utiliser avec les sites commerciaux qui demandent une adresse de validation. Toujours éviter de donner son adresse @mail principale, enfin tant que c'est possible ...

Pour les organisations :

  • Pour elles, il s'agit principalement d'éviter d'entretenir les sites intrusifs, notamment les soi-disant "réseaux sociaux", en leur donnant du trafic, voire de contribuer à les affaiblir, d'abord en n'y publiant jamais rien de réellement informatif, ensuite en renvoyant systématiquement les visiteurs vers leurs propres sites Web. Il faut chercher à développer sa propre visibilité en s'appuyant sur celle du réseau social visé, et éviter l'inverse.
En fait on ne peut faire plus clair que Stallman ("Principes généraux", "Ce qu'il faut mettre sur Facebook, ce qu'il ne faut pas mettre", "Évitez la messagerie Facebook", "Éviter d'aider ou de promouvoir Facebook"), et le mieux si vous vous sentez concernés, car vous l'êtes (c'est comme la politique : "si tu ne t'intéresses pas à Facebook, Facebook lui s'intéresse à toi" ...), c'est encore d'aller lire et relire ce qu'il a écrit.

P.S. Ce qui m'intéresse chez Richard Stallman, c'est ce qu'il a dit, écrit et accompli depuis quarante ans, et certainement pas les cabales et autres campagnes de calomnies répandues à son encontre, dont la cible réelle étaient le mouvement pour le logiciel libre (et non faussé ...) et de la Free Software Foundation qu'il a créée, bête noire des GAFAs.

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